Vie des frères
L’édifice dominicain est à l’image de son esprit : chaque frère est indispensable aux autres. Il a sa place, son rôle, son mot à dire. Il doit donner sa voix en de multiples occasions, et l’ensemble ne saurait s’en passer. Chacun est d’une certaine manière irremplaçable, puisque aucun n’est fait pour survivre seul. S’il y avait trop d’absents, ou un refus de participer, l’édifice ne tiendrait pas. La responsabilité de chacun est sollicitée. Elle est impérative. Une sanction est même prévue pour celui qui négligerait de participer à une élection, tant cela paraît inconcevable. Et la sanction est caractéristique : il perdrait sa voix pour l’élection suivante !

Le rôle du prieur d’une communauté dominicaine n’a rien à voir avec l’autorité d’un abbé. On ne manque pas de le lui rappeler à l’occasion. Et ce faisant, un risque d’oublier qu’il assume cette charge non par bonheur mais par devoir. Il n’est en rien un supérieur, au sens où on peut l’entendre dans la Compagnie de Jésus, car il n’a pas ce rôle à jouer. Son rôle est spécifique : il doit veiller à ce que soient appliquées les décisions prises en chapitre. « Ce qui doit être vécu par tous, doit être décidé par tous »
Chapitre II : La sainte liturgie et la prière
La vertu de chasteté n’est pas réservée aux religieux. Chacun selon son état de vie doit respecter cette haute vertu. Celui qui est marié, s’il n’est pas tenu à la continence, doit respecter la chasteté dans la fidélité à son conjoint. Le religieux, lui, consacre à Dieu toute sa personne, corps et âme. Ce projet dépasse les forces humaines, et seuls peuvent s’engager sur cette voie, ceux qui en reçoivent la grâce : le Seigneur qui a lui-même suivi cette voie, en avait averti les siens qui l’interrogeaient sur le mariage : "il y en a qui ne se marient pas "à cause, du Royaume des deux" (Mt 19, 12).
Comment séparer, par exemple, la prédication de l’évangile d’avec les vœux et leurs contraintes ? L’Évangile exige qu’on se consacre à lui, et cette consécration est au service de sa proclamation. Pourrait-on concevoir des religieux apostoliques qui n’étudient pas avec assiduité et qui ne mettent pas un point d’honneur à scruter les Ecritures et la Tradition, et la théologie, et l’enseignement de l’Église ? Et quel serait le sens de ces études, s’il ne s’agissait pas de les traduire ensuite en enseignement ? De même que seraient des prédicateurs, porte-parole du Dieu vivant, qui ne prieraient pas, qui n’auraient pas à coeur de célébrer ensemble la Parole qu’ils ont mission de proclamer ? Et cette prière chorale, liturgique, serait-elle concevable sans la volonté de la mettre en pratique dans une vie commune, fraternelle, animée par l’amour du Christ ?