La formation intellectuelle

La question de l'étude comme élément de la vie dominicaine a été abordée. Il s'agit ici de la formation intellectuelle nécessaire à la réception des ordres sacrés. Elle est commune aux séminaristes et aux jeunes religieux du monde entier. Elle concerne l'étude de la philosophie, de l'Écriture, des Pères, du dogme, de la morale, du droit, de l'histoire, etc.


Toutefois, elle se revêt d'une couleur dominicaine. Il ne s'agit pas pour tous les jeunes frères de devenir des intellectuels, mais l'étude parfait leur intelligence, la purifie, la développe, la cultive, tâche de l'exercer au discernement sur les idées et sur les situations. En fait, très peu de jeunes dominicains savent dès leurs premières années de formation ce qu'ils seront à même de faire plus tard, y compris au plan intellectuel. Sans compter qu'ils ne connaissent pas les ramifications de la théologie avant d'avoir commencé à étudier celle-ci et à vivre avec elle. C'est pourquoi les formateurs veillent à développer les talents intellectuels et apostoliques des frères. Les années de formation sont ainsi l'occasion de découvertes préludant à des spécialisations futures. L'intelligence n'est pas seule, elle a besoin du secours de la volonté libre et d'une semblable éducation de celle-ci, de toute la personne enfin. La formation religieuse est celle d'une personne, de sa capacité d'aimer et de se donner. Ici aussi, l'enracinement est la condition de la nouveauté. En outre, le charisme dominicain cultive la grâce personnelle et cela dès les années de formation. Celle-ci ne contredit en rien l'apprentissage de la règle commune ni l'obéissance de l'intelligence et de la volonté à l'Ordre et au Magistère de l'Église.

L'étude dominicaine donne l'esprit des choses. Elle aime se réclamer de toute la tradition théologique et, à un titre éminent, de saint Thomas d'Aquin, dominicain lui-même et docteur commun de l'Église, dont elle développe les principes, la méthode, la doctrine et sa capacité d'être appliquée à des problèmes nouveaux. Elle forme l'esprit et lui donne ce délié et cette rigueur caractéristiques qui lui permettent d'affronter des problématiques anciennes ou nouvelles. Il apparaît indispensable en effet de proposer une lecture chrétienne, ecclésiale et cultivée de la pensée contemporaine. L'étude de saint Thomas est un bien commun et tout le monde peut s'en réclamer ; mais on ne nous empêchera pas de penser que son origine dominicaine donne à ceux qui s'y adonnent un certain esprit. Réciproquement, l'Ordre des Prêcheurs a souvent erré lorsqu'il a cru bon de rejeter cette appartenance intellectuelle, quoi qu'il en soit des limites de ceux qui s'en font les porte-voix. Une théologie et une philosophie nourries de saint Thomas est l'un des plus grands biens que les dominicains puissent apporter à l'Église et au monde.

En définitive, la formation intellectuelle, par sa durée (de 6 à 8 ans), s'ajoutant et se superposant à la formation religieuse, permet aux frères qui la vivent ce « temps de cuisson » nécessaire au goût des plats. La meilleure recette est souvent gâchée d'avoir cuit trop vite, elle perd son goût, elle est trop chaude ou bien trop froide, les ingrédients n'ont pas eu le temps de prendre.

Le temps de la formation intellectuelle n'est pas qu'intellectuel, loin de là. Outre l'école d'osmose qu'est la vie religieuse, ce temps est celui de l'apprentissage de la vie apostolique. Les frères en formation ont des apostolats réguliers, apprennent à prêcher, à construire des conférences, à accompagner des groupes, à découvrir des milieux qu'ils ignorent. Cela requiert de plus en plus d'apprendre ce qui devrait être acquis : apprendre à lire, c'est-à-dire intelligemment, un texte ; et à lire en public, avec une diction française. Notre époque de médias, de communication rapide et de déclin littéraire devrait en outre nous inciter à mettre davantage l'accent sur le travail de l'écrit et pas seulement sur la spontanéité de l'oral.

Pour les frères convers-coopérateurs, ces années sont celles d'une formation conforme à leur état et adaptée à leur personnalité : vue d'ensemble de la théologie, apostolats, apprentissage d'une compétence à même de servir la communauté.

D'après "La vocation dominicaine" Parole et Silence - 169 p. - 2007

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