Professions solennelles des frères Jean, Timothée, Patrick-Marie et Thomas Toulouse 17 septembre 2011Frères et sœurs,
« Si quelqu’un veut venir à ma suite ». Y a-t-il quelqu’un, ici, qui veut venir à la suite de Jésus ? A chacun de répondre dans le secret de son cœur. Mais votre présence en dit déjà long. Pourtant, aujourd’hui, je ne poserai la question qu’à seulement quatre parmi nous, quatre frères. A la question, que voulez-vous ?, ils ont déjà répondu : la miséricorde. C’est la miséricorde du Christ. Suivre le Christ, chez les dominicains, c’est d’abord suivre la miséricorde de Dieu à travers le Christ. Qu’est-ce qu’une profession solennelle ? C’est donc d’abord une question d’amour. Car la miséricorde, ce n’est pas une pitié condescendante. C’est l’amour capable d’aimer malgré des fragilités, des imperfections et même des péchés. Dieu est capable de cela car il s’est fait homme pour aimer d’une manière vraiment humaine. Les quatre frères qui demandent la miséricorde savent qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres. Dans une profession solennelle, le meilleur c’est le Christ parce que lui, le premier, est parvenu à aimer malgré le péché. Frères et sœurs, vous avez eu raison de venir nombreux car aujourd’hui vous participez à une belle histoire d’amour.
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même ». Voilà la première condition. Elle est radicale. A la limite elle paraît inhumaine. Certains ont pu dire que la vie religieuse était une atteinte à la dignité de l’homme. Parfois, hélas, on donne ce mauvais visage. Mais je voudrais vous poser une question plus directe : vous êtes les frères, les parents, les amis des frères qui vont faire profession. Franchement, est-ce qu’ils donnent l’impression d’être devenus inhumains ? Ils sont entrés dans la vie religieuse, il y a cinq ans. Les reconnaissez-vous ? Ils sont arrivés avec leurs qualités et leurs défauts, leur enthousiasme et leur plus ou moins grande expérience. Et puis leur compétence aussi : le monde scientifique, la médecine, le grand champ de l’agriculture, avec des talents de musique et de dessin. Tout cela, ils vous le diront, l’Ordre est heureux de l’accueillir mais c’est à une condition : c’est que, désormais, tout serve au Christ, à sa miséricorde, à la passion de mettre ces talents au service de l’annonce de l’évangile.
Renoncer ? Oui ! Renoncer à faire carrière dans le monde, oui, la pauvreté ; renoncer à un certain accomplissement affectif dans le mariage, oui, la chasteté totale ; renoncer à tout décider pas soi-même, oui, l’obéissance. Mais tout cela, ce n’est pas se renier soi-même, c’est choisir une nouvelle liberté, une nouvelle capacité d’être un être humain parmi ses frères et ses sœurs, c’est être, dans l’humilité, porteur d’un message d’espérance : on peut être heureux en étant religieux, on peut transmettre un certain bonheur en étant religieux ; on peut et l’on doit être fier et joyeux d’être ainsi chrétien.
Frères et sœurs, je vous invite à découvrir en eux ce bonheur d’être frère prêcheur, disciple du Christ et de saint Dominique. Posez-leur plein de questions. Vous le verrez, les dominicains sont tellement heureux de donner des réponses !
Est-il facile d’être dominicain ? Jésus répond : « qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ». Les croix, ce sont sans doute les épreuves de la vie. Toute vie en connaît, de plus ou moins lourdes. Sans ces croix humaines, l’homme n’a pas vécu, comme dit la sagesse populaire. Mais, pour le chrétien, la croix est beaucoup plus. Elle est cette manière toute spéciale de suivre le Christ là où le Christ a donné le plus grand amour. Etre dominicain n’est pas une question de facile ou pas facile : c’est une question de donner sa vie pour que l’amour du Christ imprègne davantage ce monde.
Depuis saint Dominique, les frères prêcheurs ont choisi d’imprégner l’amour par la parole : parole de vérité, parole de compassion, parole de justice, parole de paix. Aujourd’hui, chers frères, vous devenez des ouvriers de cette parole « pour toujours », jusqu’à la mort. Imprégnez le monde de cette parole d’amour dépendra de votre détermination, sans retour, avec le secours de Dieu, à suivre le Christ, à servir l’Eglise, à obéir dans l’Ordre, à chercher dans le monde tous les lieux qui attendent votre parole, comme signe de la parole de Dieu. L’Ordre, pour ainsi dire, vous a plongés dans la contemplation de la Parole de Dieu, vient le temps, justement à cause de cette consécration totale, jusqu’à la mort et même jusqu’à ce que mort s’en suive, de vous donner totalement dans la proclamation de cette parole de Dieu, sans rien perdre de la contemplation. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
Maintenant, les quatre frères font faire profession. Ne vous attendez pas, frères et sœurs, à quelque chose de spectaculaire. Ce sont juste quelques mots prononcés, pas beaucoup, mais il a fallu cinq ans pour les préparer et il faudra toute une vie pour les accomplir. Vous êtes là présents, vous écouterez ces mots, puis l’offrande de la messe les accueillera, au cœur du sacrifice du Christ, et vous entendrez, j’espère, cette petite musique de l’amour, murmurer dans votre cœur : « si quelqu’un veut venir à ma suite ».
Frère Gilbert Narcisse op
Prieur provincial
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