Un parfum électoral européen m’inspire cette méditation écologique.
L’été est l’occasion d’une découverte écologique. Chacun sait que l’écologie est la science de l’habitat. Le Christ est donc le premier écologiste, car le Verbe a « habité » parmi nous. Si l’homme habite la création souvent n’importe comment, Dieu, lui, le fait bien. Il habite sa création et sa créature préférée. Et le Verbe s’est fait chair. On a même pensé que les anges en seraient jaloux.
Habiter, donc. L’homme demande à son semblable : « Où habitez-vous ? » Dieu, depuis Adam pécheur, demande : « Où es-tu », c’est-à-dire, « comment habites-tu ce lieu qui fait ce que tu es, un jardin, une terre (rendue) inculte et tous les sols de la parabole du semeur ? ».
Quelles habitations ? Trois : Ton corps. Ton couvent. Ton Dieu.
Ton corps. Tu prends soin de ton âme, c’est bien. De ton corps aussi, c’est mieux. Marche, respire, prends du temps, promène-toi dans la nature et ses couleurs, si possible retrouve le sens de l’effort physique, de la résistance musculaire, de la soif, de la joie de manger d’une juste faim. Dors. Ne sois pas comme un ange jaloux ou oublieux de l’incarnation, car, pour l’homme sur terre, sans corps, l’amour n’est nulle part. Présence à soi-même par son corps comme premier pas de cette charité d’amour de soi-même. Souviens-toi alors de ceux qui souffrent dans leur corps parce qu’ils souffrent aussi dans leur âme, sans logis terrestre supportable. Visite-les, car ton corps peut se déplacer (en hâte) et donner la joie de cette présence. Bref, Habiter son corps parce que c’est bien et que Dieu lui-même l’a fait, de l’incarnation à la résurrection des corps.
Ton couvent. Profiter des vacances pour habiter son couvent. Ranger sa cellule, car elle est parfois un désastre écologique de fouillis. Expérimenter les pièces dites communes comme des lieux communautaires et pas seulement utilitaires. Se servir de cette bibliothèque de feuilles écrites, vivantes quand la lecture leur donne vie. Habiter l’église conventuelle pour la prière silencieuse, le chapelet et la si belle liturgie qui, bien vécue, donne le sentiment d’habiter déjà tous au Ciel. Savoir aussi quitter un temps son couvent pour mieux le retrouver, enrichi de rencontres d’apostolats et de la vie du monde. Bref, vivre la joie conventuelle d’habiter ensemble parce que Dieu a voulu cette charité d’abord là, selon notre profession religieuse.
Ton Dieu. Les théologiens parlent « d’inhabitation ». Saint Jean décline le thème de la « demeure » en nous, parmi nous. Quand l’écologie est bien menée, c’est l’homme lui-même qui devient une habitation, un temple de l’Esprit. Maison, temple, autant d’images qui expriment à quel point les relations en Dieu Trinité deviennent des relations quasi familiales en nous « à la maison ». Si l’homme habite mal, c’est que Dieu ne l’habite plus. Alors, tout devient pollution irrespirable là où nous devrions être l’hôte de Dieu et du prochain. Bref, être la maison de Dieu, ce ciel qui raconte sa gloire.
« Seigneur, que je profite de cet été, peut-être de quelques vacances, pour habiter en vérité ».
F Gilbert Narcisse OP Prieur provincial
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