Provincial
Alors qu’un film hollywoodien annonçait la fin du monde pour 2012, la réalité a précédé cruellement la fiction. Mais les choses s’inversent. C’est un tout petit pays, comme autrefois Dieu avait choisi Israël, qui est dévasté et c’est le monde entier qui a ressenti une secousse dans son cœur. Ainsi le « cœur du monde », cœur du Messie crucifié, se situe soudain en Haïti.Comme pour Jésus, la souffrance est trois fois intense.
D’abord, ce qui se voit le plus, tel Jésus qui a souffert dans son corps, il y a les dégâts matériels. Ce béton, orgueil de nos civilisations modernes, imposé aux populations les plus pauvres, a blessé et tué des milliers de corps. Au commencement, Dieu a modelé la terre pour créer l’homme mais on impose que l’homme s’unisse à des tonnes écrasantes de béton dans lequel il n’est plus possible d’insuffler ni un souffle humain, ni un souffle divin.
Ensuite, ce qui fait le plus mal, tel Jésus dans la souffrance humaine de l’abandon, il y a la mort de l’ami. Tous nos frères haïtiens sont touchés par la mort d’un parent, parfois très proche, ou d’un ami, et plusieurs parents, et de nombreux amis. Notre compassion est précieuse et sans doute loin de la réalité vécue dans le secret des cœurs douloureux.
Enfin, ce qui est souvent invisible, tel Jésus dans l’amour de son Père et de ses frères, il y a la foi du peuple haïtien. Comme disent les journalistes, embarrassés ou par pudeur : « La foi, c’est important pour eux ». Comment le peuple haïtien a-t-il réussi le plus grand témoignage de ce début du XXI° siècle en donnant, en plein désastre, un témoignage universel de foi presque joyeuse ?
Je suis aussi impressionné par la foi de nos frères et sœurs dominicains en Haïti. Un frère haïtien me disait, alors qu’il venait d’apprendre la perte d’un proche : « Oui, quelle douleur ! Mais c’est peut-être aussi l’occasion de reconstruire en Haïti ».
Notre programme : reconstruire en Haïti.
fr. Gilbert Narcisse OP
Prieur provincial
