Vie des frères

La vie commune est la composante essentielle de la vie dominicaine. Elle n’est pas seulement de l’ordre du moyen de sanctification ou de quoi que ce soit d’autre. Elle n’est pas seulement le plus important et le plus significatif des éléments constituant la vie des frères prêcheurs. Elle relève de son essence même. Dans toutes les formes de vie religieuse le fait de vivre ensemble dans la charité est évidemment essentiel. Mais la façon dont la Règle de saint Benoît et les Constitutions de la Compagnie de Jésus traitent de la vie commune et l’importance qu’elles lui accordent permettent de saisir quelques notables différences avec la tradition augustinienne dont émane l’ordre des prêcheurs.

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liturgie_vign.jpg « De par la volonté même de saint Dominique, la célébration solennelle et commune de la liturgie doit être tenue pour l’un des devoirs principaux qu’exige notre vocation. [...] La célébration de la liturgie est le centre et le cœur de toute notre vie dont l’unité s’enracine spécialement en Dieu » (LCO 57)

La célébration liturgique de l’office canonial est un des piliers sur lesquels repose la vie dominicaine. C’est un principe que nul ne conteste. Il est fondé dans l’histoire. Il est inscrit dans les textes. Il est vécu par les communautés. La vie dominicaine ne serait plus elle-même si elle n’honorait pas cette composante essentielle. Il n’est pas seulement demandé aux frères de prier, ce qui est la moindre des choses pour des religieux, il leur est demandé de prier ensemble et avec quelque solennité. Il leur est demandé de faire de cette prière chorale le centre et le cœur de leur vie religieuse apostolique. Comme les moines ou les chanoines, leurs prédécesseurs, ils participent à la sanctification du temps par leur prière assidue. L’année, les semaines, les jours sont scandés par la récitation de l’office. L’année liturgique rythme leur prédication. C’est une respiration, avec ses temps plus forts et ses phases de reprise. C’est une source à laquelle les frères viennent puiser ensemble, le Seigneur créant mystérieuse- ment entre eux une âme commune. Chaque jour, ils sanctifient les heures avec tous ceux qui prient et au nom de tous ceux qui ne prient pas.

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habit_vign.jpgL’obéissance dominicaine découle de la vie commune. La prédication, la vie en communauté, le souci de la propre sanctification personnelle, tout exige du frère prêcheur qu’il soit humble et soumis à la volonté de Dieu. Il ne lui est pas demandé de renoncer à être lui-même. Au contraire, les Constitutions de l’ordre insistent sur le respect de chacun dans sa personnalité. Par contre, cela implique un sens affiné du bien commun, qui est le vrai fondement de l’obéissance dans cet ordre. Aussi doit-il avant tout se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, car l’obéissant (et cela est commun à toutes les traditions), c’est d’abord celui qui écoute. Audire - obaudire (et dans plus d’une langue européenne comme l’allemand ou le polonais) écouter et obéir ont la même racine. Les parents disent à leurs enfants : « écoute-moi ! » pour leur apprendre à obéir. Le frère prêcheur doit être avant tout à l’écoute de cette Parole qu’il doit annoncer. Il doit se conformer à elle, et il attend de son prieur qu’il lui rappelle cette Parole, qu’il le mette en face d’elle, en face de ses responsabilités.

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