Actualités Frères

Journées Romaines Dominicaines 2009

Bref historique des Journées romaines dominicaines

L’initiative des "Journées Romaines" revient au Père Anawati op. Soucieux de promouvoir au sein de l'Eglise catholique une meilleure connaissance de l’Islam et de favoriser le dialogue inter-religieux, il avait eu l’idée de ces journées avec quelques Pères blancs. L’impulsion prophétique ne s’arrêta pas là puisqu’au chapitre général de Madonna dall'Arco (1974), l'Ordre décida de créer une structure spécifique, appelée Secretariat pour l’Islam, dont la vocation serait la coordination des activités des frères et sœurs œuvrant dans les pays musulmans. Il revint au frère Emilio Panella d’animer ce Secrétariat sous la responsabilité du socius pour la vie apostolique. A l’issue des Journées romaines de 1977, il fut décidé de poursuivre la rencontre de quelques jours entre dominicains : ce fut la naissance des "Journées Romaines Dominicaines".

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Les  valeurs  objectives  de  la  loi  naturelle  continuent  à  être  la  base  d'une  éthique  universelle,  conclut  un document publié récemment par la Commission théologique internationale. Le texte, intitulé « A la recherche d'une éthique universelle : nouveau  regard sur  la  loi naturelle », a été diffusé sur  la page du site  Internet du Saint-Siège.  L'Osservatore  Romano  a  publié  un  article  du  fr.  Serge-Thomas  Bonino,  de  la  Commission théologique internationale, qui présente ce document.

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Ap 14, 1-5 ; Lc 21, 1-4.

Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. Le Seigneur loue cette veuve, car derrière l’apparente insignifiance de son don, il reconnait sa propre mesure – donner tout contre tout, donner toute sa vie contre la vie reçue comme don.
Nous sommes réunis ici pour confier au Seigneur l’âme de notre frère Jean Budillon que Dieu a rappelé de ce monde après plus de cinquante ans à son service. Le fr. Jean s’est dépensé avec patience et persévérance  au service de la Parole de Dieu dont il était amoureux, au service de la prédication, au service de l’unité ecclésiale, pour laquelle il a œuvré au sein d’Istina.
La mort de nos frères est une source de tristesse. Mais leur fidélité à notre vocation commune est pour nous une grande consolation. Bien plus, ce don qu’ils ont fait de leur vie est une grande joie pour le Seigneur lui-même. Nous nous réjouissons au moment de la première profession des frères, au moment de leur consécration sacerdotale, mais ce n’est qu’une joie des prémices, des commencements. La vie entière de fidélité et de service conduite à son terme doit être pour nous la source d’une joie d’autant plus grande qu’elle reflète le mystère de cœur de Dieu.
En répondant avec générosité à l’appel du Seigneur, notre frère Jean a donné sa vie à Dieu, à l’image de la veuve de notre Evangile. Il a reçu sa vie de Dieu, il l’a lui consacrée. La totalité de ce don n’était pas passagère : par la grâce du Christ il a su l’inscrire dans la durée, dans la persévérance de toute la vie au service de la Parole de Dieu. Il a cherché à suivre l’Agneau partout où il allait, soutenu par l’amitié de ses frères, poussé par la grâce de Dieu.
L’Apocalypse en parlant des rachetés qui suivent l’Agneau dit d’eux qu’ils sont irréprochables. Comment l’entendre ? Une des premières grâces de la vie religieuse est de découvrir jusqu’à quel point nous avons besoin de la miséricorde de Dieu et de celle de nos frères. C’est cela ce que nous demandons en entrant dans notre Ordre – la miséricorde de Dieu et celle des frères. Non pas l’impeccabilité, non pas la perfection apparente, mais la miséricorde. L’homme est irréprochable lorsqu’il est couvert du manteau de la miséricorde de Dieu, qui seule ne fera jamais défaut. Rendons grâce au Seigneur pour sa fidélité dans la vie de notre frère Jean, implorons aussi sa miséricorde pour tout ce qui  a pu manquer à la pleine mesure de la vie divine. Il a consacré toute sa vie au Seigneur, que le Seigneur accueille ce don dans sa plénitude, qu’il reçoive notre frère dans la joie éternelle de sa miséricorde.

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le 24 novembre 2008, par le fr Bernard Fulcrand


Chers frères et amis,
Nous réunit ce soir la mémoire du Père Jean-Max Hugues, tombésur la terre de Haïti, à la suite d’une crise cardiaque. Nous avons choisi l’église du monastère de Sainte Catalina pour célébrer l’eucharistie et de pour donner grâce à Dieu de ce qu’a été Jean-Max parmi nous, parce que cette Communauté de soeurs dominicaines lui était très chère. Merci, mère prieure et soeurs, de nous recevoir ce soir, et de nous permettre de nous rencontrer à nouveau, les nombreux amis qu’a eu le père Jean-Max à Cusco.
Pour évoquer sa figure hors du commun qui nous a tous marqués, je vous invite à écouter un bref passage du livre du prophète Michée : « Homme, le Seigneur t’a fait savoir ce qui est bien, ce qu’il réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. » (Mi 6, 8).
Cette citation du prophète Michée, qu’aimait tant Jean-Max et que tant de fois il a commentée dans des retraites, homélies ou rencontres pastorales, je crois pouvoir dire, huit jours après son départ envers le Père, qu’elle a été son programme de vie, brève exposition qui a fixé la ligne de conduite qu’il a suivie depuis qu’il a écouté l’appel du Seigneur, jusqu’à son décès.


Ce fut la feuille de route, qui l’a guidé ce jour où, jeune de dix-neuf ans, plein d’élan, il arriva au couvent du noviciat des dominicains, en moto, parce qu’il voulait arriver rapidement et répondre avec promptitude à l’appel de Dieu. C’est avec les mêmes énergie et résolution, une fois terminées les études de philosophie et de théologie, qu’il est venu au Pérou, son pays tellement cher et à cet « surandino » aimé. Il sillonna tant de fois ces montagnes et ravins, avec cette volkswagen solide et fidèle, avec laquelle il allait, rapide, alors qu’il était directeur de l’Institut de Pastoral d’Andine, à la rencontre des Communautés chrétiennes, depuis Ayacucho jusqu’à Juli, pour les unir dans cette belle communion qui est l’Église du Surandino.


Ce fut dans ce même état d’esprit qu’il a dû abandonner le Cusco et le Pérou parce que sa santé l’exigeait. Il a dû s’exiler dans sa propre terre de naissance pendant des années, au service de l’Ordre, comme prieur du couvent de Montpellier. Avec cette même disposition et cette même bonne volonté que nous lui avons connue. Parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, il décida d’aller en Haïti pour consolider la communauté dominicaine qui avait besoin de renforcement. Jean-Max l’intrépide ! D’où sortais-tu tant d’énergie, de vaillance et d’audace ?


Nous devons revenir à ce texte germinal que nous venons d’écouter, texte fondamental, je crois, pour comprendre Jean-Max, texte dans lequel le Seigneur lui disait ce qui est bon pour un homme et ce que Jean-Max exigeait. Trois choses : pratiquer la justice ; aimer avec tendresse et marcher humblement avec son Dieu. « rien d’autre» dit le texte, comme si pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec Dieu c’était peu de chose ! Loin de se dégonfler devant le défi, l’invitation de Dieu l’a mûri.

1. Pratiquer la justice
Premier précepte du Seigneur. S’il s’agit de pratiquer la justice, Jean-Max a mis les mains à la pâte. La Bible fréquemment parle de l’homme juste, idéal spirituel pour lequel tout juif devait combattre et qui n’était pas appelé vertu, ni sainteté, mais justice. Il signifie que ce qui est injuste devient juste en défendant ou en sauvant l’innocent, en le libérant. Jean-Max vécut au Pérou conciliaire, orienté par l’Assemblée de Medellín, au Pérou de la Réforme Agricole et des grands changements sociaux, au Pérou de la Théologie de la Libération. Au Pérou il découvre existentiellement l’ampleur du concept biblique de justice. Il sait que « pratiquer la justice » touche à la réalité historique dans toute sa complexité culturelle, sociale, économique, politique et religieuse. La justice est en relation avec la vie des hommes, avec les situations d’injustice, avec l’exploitation et la libération. Ce qui est strictement religieux, même s’il doit être explicité, n’apparaît pas comme quelque chose d’autonome ni parallèle à ce qui est historique ; foi et politique ont une relation, expliquait à ses élèves surpris de l’École Normale de Sainte Rose, le « père Carotte », comme l’appelaient affectueusement à cause de la couleur de ses cheveux. Professeur dans l’OREC, co-fondateur du Centre Bartolomé de Las Casas, directeur de l’Institut de Pastorale Andine, conseiller de l’Institut d’Éducation Rurale d’Ayaviri, Directeur de l’exploitation agricole Pumamarka de Yucay, président de l’Association Arariwa, Jean-Max n’oubliera jamais l’ordre de Dieu, ordre qu’il a su expliciter avec créativité et de manières diverses, dans ses prédications, en s’engageant pour la justice. Ainsi, nous l’avons vu participer à des manifestations, soutenir des organisations populaires, collaborer à la rédaction des documents de l’Église du Sud Andin, comme par exemple la lettre célèbre : « En rassemblant la clameur » de juillet 1977, ou le long document : « En accompagnant notre peuple » de septembre 1978, où la voix du Magistère a marqué de manière tellement évangélique la tâche pastorale de l’Église du Sud Andin. Vivre l’exigence de la justice lui a été dur, bien qu’il ait aussi eu ses moments exaltants : libération et crucifixion maintiennent dans le christianisme une tension inéluctable que Jean-Max n’a jamais essayé d’éviter.

2. Aimer la miséricorde
Ce second précepte du Seigneur est similaire au premier: « Justice » résume l’Ancien Testament ; « amour » synthétise ce qui est nouveau. Mais la précision « miséricorde » nuance la dureté des exigences de justice. Jean-Max savait aimer avec tendresse. En hébreu, le mot fait allusion à la tendresse d’une mère. Innombrables seraient les témoignages rassemblés sur sa bonté « naturelle » : simple, proche de tous, il avait un très grand cœur. Aux moments tendus ou de crise, sa seule présence a été d’un grand réconfort pour beaucoup. Il ne mesurait pas son temps ; avec une patience exquise il écoutait des enfants et des vieillards, en discutant avec eux sans leur laisser sentir qui était pressé ; ses nombreux filleuls et amis peuvent le certifier. Il avait un sens exceptionnel de l’accueil ; pour bien recevoir les amis qui arrivaient à la maison, en dévoilant ses dons d’hôte et en honorant les commensaux avec ses talents de cuisinier. Peut-être fût-ce avec les religieuses qu’il manifesta davantage sa tendresse et affection, en les accompagnant dans des innombrables journées et retraites ; le père Gustavo Gutiérrez l’a brillamment dit un jour : Jean-Max avait « monjappeal » ! (jeu de mots avec sex-appeal). À image de notre Père Saint-Dominique, son egalité d’âme était invariable, sauf lorqu’il était troublé par la compassion et la miséricorde envers le prochain. Et comme le coeur heureux réjouit le visage, le sourire et la bénignité du sien transparaissaient la placidité et l’équilibre de l’homme intérieur. Jean-Max paraissait être taillé dans la pierre, mais sa sensibilité, à cause de la véhémence de son tempérament, le fit quelquefois s’effondrer : la dure réalité des Andes et celle, non moins dure, d’Haïti, s’ils ne lui ont pas enlevé le sourire, ils l’ont littéralement transpercé le coeur. Les derniers mots de Jean-Max après les catastrophes climatiques et les actes de violence qu’il a dû subir manifestent sa force : « Ni la nature, ni la violence nous feront sortir d’Haïti ! »… La mort n’a pas pu non plus le faire.

3. Marcher humblement avec Dieu


L’humilité ne lui a pas été facile, comme à personne ; comme un bon Français, il portait toujours en lui, dissimulé mais prêt se montrer, un « petit Napoléon » impatient et dominateur ; le réprimer a été le travail de toute sa vie afin de permettre que les autres ne soient pas abaissés et arrivent à être ouverts et épanouis. Pour lui, le sens de la vie consistait précisément à être ouvert à la trancsendence de Dieu pour trouver le bonheur. La vie chrétienne n’est pas répressive : elle doit être recherche du bonheur profond. Je pense pouvoir dire que Jean-Max l’a obtenu, non seulement pour lui mais aussi et surtout pour ceux qui ont eu la chance de faire un bout de chemin avec lui. Quelqu’un disait de lui : « Jean-Max ? Un grand monsieur ! Une personne qui comprenait, gentille, mais exigeante aussi ». Marcher avec son Dieu, Jean-Max a su le faire. Kierkegaard disait : « Il est impossible d’entrer en relation avec Dieu sans souffrir, et pour cela même, de ressentir une blessure ». Profondément blessé par les pauvres, les abandonnés, les marginaux qu’il a rencontrés au long de son long chemin évangélique, Jean-Max a trouvé Dieu en ces derniers qu’il portait dans sa prière et sa méditation. Si on n’est pas profondément en relation avec Dieu, si on ne se laisse pas propulser par son Esprit, on ne peut pas communiquer Dieu. Jean-Max a été un grand colporteur de Dieu, un authentique frère prêcheur. Sa parole, claire et exigeante, ne laisse pas de doute sur la vie qu’il portait sans son âme. La formule latine de notre tradition dominicaine : Contemplata aliis tradere n’a pas été un refrain vide de contenu ; elle fut pour Jean-Max sa vocation réelle, d’homme apostolique, suivant Jesus à la manière de Saint Dominique. Sa façon de célébrer la liturgie attirait l’attention par sa qualité : ses eucharisties, baptêmes, enterrements et para-liturgies étaient toujours préparés, médités et vécus. Elles étaient l’expression des moments importants de la vie et signes de d’elle. En bon pédagogue, il savait utiliser les symboles les plus expressifs et poétiques, souvent bibliques : chaque image était chargée de sens, en cour-circuitant les concepts trop abstraits, pour mettre directement l’homme en présence de Dieu et nous faire entrer dans son mystère.
Jean-Max nous précède maintenant dans la rencontre grande et définitive avec Dieu, et il nous invite ce soir à l’accompagner dans cette eucharistie, dans laquelle nous voulons rendre grâces à Dieu de ce qu’il il a été parmi nous. Repose en paix, frère Jean-Max.



Homélie du fr Jean-Pierre-Arfeuil au couvent de Toulouse
Ap 11, 4-12 ; Lc 20,27-40

Chers frères et sœurs,
Au cœur de cette eucharistie nous faisons mémoire de notre frère Jean-Max Hugues, Vicaire provincial de notre Vicariat d’Haïti.
Heureuse coïncidence providentielle, la liturgie de ce jour nous oriente vers le témoignage. D’abord, nous fêtons Ste Cécile, dont, par delà les légendes, nous savons qu’elle a témoigné de sa foi au Christ jusqu’à la mort dans le martyre.
La lecture de l’Apocalypse (Ap 11,4-12) évoque la figure mystérieuse de ces deux témoins qui, leur témoignage achevé, sontt vaincus par la puissance mortifère de la Bête, mais re-suscités par l’Esprit de vie et appelés au ciel. L’Evangile (Lc 20,27-40) enfin évoque le témoignage de Moïse : le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
En 1960, c’est -si j’ose dire- par une  heureuse erreur que Jean-Max est rentré dans l’Ordre, dans notre province, pensant qu’elle poursuivait encore sa mission au Brésil. Cette vocation à la mission en terres lointaines, il l’a vécue pendant 24 ans au Pérou, puis après un séjour de quelques années à Montpellier où il a été prieur, en Haïti depuis 10 ans.
C’est là-bas que j’ai eu la joie de mieux le connaître.
Je sais bien qu’il avait quelques défauts, un caractère pas toujours facile et une grande réserve dans les échanges fraternels, mais je peux dire de lui, en toute vérité et avec une immense admiration, ce que d’aucuns disaient de S. Dominique : j’ai  eu le privilège de rencontrer en lui un homme véritablement évangélique dans son zèle pour la mission, sa générosité apostolique sans limites, la pauvreté de sa vie, acceptant tout naturellement les conditions de vie et de travail les plus précaires et les plus austères. Jusqu’au bout, à l’extrême limite de ses forces, il « donné sa vie pour la mission » pour reprendre le titre d’une lettre du Maître de l’Ordre, le fr. Timothy Radcliffe.
Opéré depuis peu d’un cancer du colon, il a encore mobilisé toute son énergie au point de faire deux voyages à Pierre Payen pour tenter de sauver cette mission qui lui tenait tant à cœur, dans un contexte social, économique et religieux tellement difficile.
Pour moi, dans la tristesse marquée de quelque inquiétude, je vis notre célébration d’aujourd’hui dans l’action de grâce pour son témoignage jusqu’à  la mort.
Nous nous unissons à celle qui aura lieu dans quatre heures à Port au Prince, dans l’église du Sacré Cœur, tout près du CIFOR pour qui il a tant œuvré. Présidée par l’archevêque, elle réunira autour de lui, avec nos frères et nos sœurs dominicaines, ses nombreux amis, prêtres, religieux et laïcs dont beaucoup en Haïti m’avaient confié à quel point ils avaient de l’estime, de l’affection et de la reconnaissance pour ce qu’il était et ce qu’il faisait.
Il a sacrifié sa vie ; que le Dieu des vivants accueille cette offrande et ouvre les portes du ciel dans  la paix, la joie et la lumière à ce témoin de l’Evangile du salut, et que Jésus-Christ, le Témoin fidèle, les garde ouvertes aussi pour notre frère Jean Budillon dont nous célèbrerons les obsèques lundi prochain.