Index de l'article
La reconstruction de la mémoire dominicaine dans le Midi de la France
L'histoire recommence ou la relecture du XIIIe siècle
Aux mêmes maux mêmes remèdes
La reconstitution de la province de Toulouse par le P. Cormier
Le cadre architectural
Se réapproprier l'héritage spirituel du passé
Les publications lithographiées des textes fondateurs.
Conclusion
Appendice
Notes
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Communication au Re colloque international du Centre européen de recherches sur les congrégations et ordres religieux [CERCOR]

À Saint-Étienne, 6 - 8 novembre 2002. Objet du colloque : Écrire son histoire : les communautés régulières face à leur passé.

par Bernard Montagnes, o.p.

Mon propos est de contribuer au thème proposé de la relecture de l'histoire [des origines] à l'occasion des réformes et des restaurations et d'examiner comment cette relecture a été pratiquée par les Prêcheurs du Midi languedocien (un Midi centré sur Toulouse) à deux moments décisifs de leur histoire : lors de la réforme qu'on peut dire toulousaine, introduite à la fin du XVIe siècle par Sébastien Michaelis, puis lors du rétablissement de la province de Toulouse en 1865 par Hyacinthe-M. Cormier.

 

Pour ce qui est de la mémoire de leurs origines, les Prêcheurs toulousains sont dans une situation privilégiée, tant en ce qui concerne les lieux et les monuments qu'en ce qui regarde les sources historiques. Là où saint Dominique a prêché et a fondé son Ordre, à Fanjeaux, à Prouilhe, à Toulouse, ils sont les dépositaires et les gardiens de ces lieux de mémoire. De plus l'histoire des origines de l'Ordre trouve une source fondamentale dans les manuscrits de Bernard Gui, à la fois chroniqueur et témoin, conservés jadis au couvent des Jacobins de Toulouse, à présent à la Bibliothèque municipale : c'est à ces documents inestimables que le réformateur Sébastien Michaelis en 1607, puis le maître de l'Ordre Antonin Cloche en 1715, voulaient faire appel1. Il est vraisemblable, comme l'envisagent les historiens d'aujourd'hui, que cette situation ait infléchi l'historiographie du fondateur par la prépondérance accordée à la mission de Narbonnaise2.


La réforme méridionale introduite par Sébastien Michaelis


Michaelis, né vers 1543 à Saint-Zacharie, décédé à Paris le 5 mai 1618, est entré dans l'Ordre au couvent réformé de Marseille, alors de la Congrégation dite de France, laquelle est ensuite érigée en province d'Occitanie (1569)3. Dans sa province, il a exercé des charges d'enseignement (à Marseille, à Toulouse, à Avignon) et de gouvernement (prieur à Marseille, prieur provincial d'Occitanie de 1589 à 1594). Le chapitre provincial tenu à Fanjeaux à la fin de son provincialat, le 8 mai 1594, décide d'une nouvelle réforme dans la province d'Occitanie, introduite d'abord au couvent de Clermont-l'Hérault, puis à celui de Toulouse en 1599, lorsque Michaelis en devient prieur. De là, elle prend son essor, si bien qu'en 1608 les couvents nouvellement réformés peuvent être érigés en Congrégation occitane réformée, à la tête de laquelle Michaelis est placé. Michaelis fondera ensuite à Paris, en 1611, un nouveau couvent, celui de l'Annonciation, au faubourg Saint-Honoré, dont il sera prieur et où il finira ses jours. Viendra un peu plus tard, à Paris, un autre couvent de réforme, au faubourg Saint-Germain, sous l'autorité directe du maître de l'Ordre, destiné à servir de noviciat général pour la France. L'essentiel de la production historiographique des dominicains français au XVIIe siècle émanera de ces deux couvents réformés de Paris.


Le choc initial de la réforme dominicaine


L'ébranlement que la découverte des cathares en pays toulousain a provoqué chez saint Dominique pour les ramener à l'évangile authentique verbo et exemple, le contact avec les huguenots du Midi l'a suscité chez Sébastien Michaelis, l'incitant à faire revivre l'ardeur apostolique du fondateur pour la reconquête catholique du Languedoc protestant.

Michaelis venait d'une région de Provence relativement préservée des troubles religieux et demeurée inébranlablement fidèle à l'Église romaine. Il a subi de plein fouet, aux Jacobins de Toulouse où il faisait alors ses études de théologie, le mai sanglant de 1562, les huguenots s'emparant d'une partie de la ville, pillant le couvent des Jacobins, d'où les frères avaient dû s'enfuir. À Paris, en 1567, alors qu'il était étudiant au couvent de Saint-Jacques, il a connu la reprise des opérations militaires après une période d'apaisement, le coup de main avorté des huguenots pour s'assurer de la famille royale, Condé et Coligny reprenant Orléans mais arrêtés sous les murs de Paris par le connétable de Montmorency qui y trouva la mort. À Montpellier enfin, où les huguenots se sont rendus maîtres de la ville après avoir démoli églises et couvents (celui des Prêcheurs anéanti) et où ils ont enraciné leur domination en créant une académie. Michaelis s'y établit durant les années 1595-1599, appelé par l'évêque et le chapitre afin de conforter la minorité catholique et de tenir tête aux pasteurs calvinistes par la prédication et la controverse. Il devient alors le fer de lance de la reconquête catholique. Ainsi la mission apostolique de saint Dominique en Narbonnaise revit-elle en Languedoc, dans la personne de Michaelis, avec ses écrits de controverse publique et même son attentat contre le prédicateur (un coup de feu contre Michaelis équivalant à l'embuscade de Fanjeaux contre Dominique)4.



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