Devenu chroniqueur par défaut, j’imagine votre étonnement devant cette chronique ressuscitée. De fait, si nous avions disparu de Concorde, nous n’en demeurons pas moins vivants, certes après une période de turbulences, et nous remercions tous les frères et les membres de la famille dominicaine qui nous ont manifesté leur soutien et leur solidarité. Nous pouvons aussi partager un signe clair que notre communauté dominicaine se tourne résolument vers l’avenir et veut manifester son espérance nous venons d’élire le 1er mars l’un des plus jeunes d’entre nous prieur de Montpellier, le frère Benoît-Joseph Colonval.

L’espérance fait du bien, elle est tout à fait nécessaire à la vie de nos communautés. Dans le même temps nous ne saurons jamais assez remercier le frère Michel Mathieu au terme de son second mandat pour sa bonté il a imprimé une trace profonde en même temps que concrète et quotidienne dans notre vie communautaire.

Ainsi nous pouvons espérer stabiliser une communauté qui a connu ces dernières années un volant impressionnant de venues et d’allées de frères à donner le tournis. Finalement les trois jeunes frères assignés avant même la fin de leurs études – et nous espérons fermement qu’ils vont les terminer dans la foulée – nous font franchir ce cap nécessaire vers l’avenir. Un couvent dit de ministère peut et doit vivre une réelle vie intellectuelle. D’autant plus que le frère Thomas Michelet a pris la bibliothèque exsangue à bras-le-corps et que Montpellier recèle des trésors de vie intellectuelle par son université, ses nombreux laboratoires de recherche entre garrigue et méditerranée et sa faculté de théologie protestante au corps professoral jeune, dynamique et compétent, ouvert sur l’Europe. Le frère Emmanuel Pisani continue sa formation spécialisée en arabe et en islamologie à Rome, mais il manifeste fort bien sa présence dynamisante aux vacances où nous le mettons vivement à contribution. Il a fort bien tenu la maison entre Noël et le jour de l’an ! Il a trouvé un très bon moyen pour que nous pensions à lui en nous laissant gérer les nombreux livres qu’on lui envoie pour recension.

Avec le recul, nous vivons ce renouveau grâce au ressourcement que l’ouverture du 8ème centenaire de la naissance du charisme dominicain nous a conduit à faire en profondeur. Il y a un an, en effet, nous célébrions ici le colloque qui a fait revivre la rencontre de Montpellier, à l’hiver 1206, où Diègue et Dominique ont lancé avec l’accord des légats du Pape Innocent III ce qui va devenir la sainte prédication fraternelle et mendiante au cœur de l’hérésie. Jourdain de Saxe note que c’est à Montpellier que Dominique se fit appeler définitivement frère Dominique. C’est tout un programme, un magnifique programme qui balaie tous les miasmes des crises pour proposer le grand large de la prédication et de la fraternité. Ce fut l’étincelle d’un mouvement dont la dynamique va maintenant plus loin, comme l’a souligné le Maître de l’Ordre qui nous disait faire de cet anniversaire l’axe de son mandat. Comme l’a souligné également le chapitre de Bordeaux et, à sa manière, le frère André Gouzes venant en voisin de Sylvanès pour mettre en place l’office de la fête de saint Dominique qu’il a créé pour l’occasion. Vous aurez très bientôt des échos du riche programme que l’histoire nous invite à vivre l’assassinat du légat Pierre de Castelnau en 1208 qui déclenche la croisade contre les Albigeois, le sac de Béziers en 1209, etc.

Tous les frères du couvent se sont attelés à la tâche sans rechigner et il est impossible de faire la liste de toutes les initiatives ainsi que des sillons tracés jour après jour comme celui du frère Nicolas-Bernard Virlet à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone ou celui du frère Christophe-Delfin Randrianbololona dans la paroisse des quartiers difficiles de La Mosson.

Après le ravalement des façades de l’église et la transformation de tout le bâtiment conventuel, nous voici encore en perspective de travaux mais à notre rythme pour restaurer l’intérieur de l’église en soulignant sa belle simplicité. Pendant l’été, le frère Yves-Henri Rivière, non sans mal mais avec des aides sympathiques, est venu à bout du tapis que les acariens avaient fini par rendre dangereux ! Ce nettoyage réel et symbolique nous a donné confiance pour continuer de rafraîchir par étapes l’église et le bâtiment du Centre Lacordaire. L’été a permis à plusieurs d’entre nous de visiter le frère Pierre Abeberry à Boscodon dont il est l’un des piliers, au moment où sœur Jeanne-Marie, la refondatrice, sortait son livre d’entretien La clarté des pierres, tout à fait passionnant.

A peine arrivé du Canada, le frère Benoît-Joseph a repris la procure et découvre les joies des demandes de subventions et des rencontres d’architectes ! Il a réussi le tour de force de réaliser de bonnes économies tout en améliorant la vie quotidienne. Notre convivialité est à ce prix. Voyez aussi où cela l’a mené !

 

La rentrée a fait revenir les nombreux étudiants de « Chrétiens en grandes écoles » dont le frère Michel est l’aumônier tandis que le frère Éric-Thomas Macé arpente le monde pour perfectionner sa connaissance du Judaïsme. Parfait dans son rôle d’ancien, le frère André-Pierre Maistre nous sidère par son dynamisme et sa rigueur toujours courtoise. Il réunit parents et amis dans des soirées aussi joyeuses que studieuses. Combien de communautés religieuses et monastiques ont reçu la visite et la prédication du frère Denys Sibre ? Je retiens que cette très riche expérience lui permet de stimuler une recherche en théologie de la vie religieuse devenue assoupie voire étriquée comme si tout se réduisait aux trois vœux, plus petit commun dénominateur à partir duquel se multiplient les métastases juridiques d’un droit qui remplace la vie !

Ayant commencé en plein carême par l’annonce d’une résurrection, je termine ce trop bref survol gage d’avenir en vous partageant la bonne nouvelle du quasi-miracle que vit notre frère Jean-Louis Alcassé ! Quel contraste entre la fête de ses soixante ans il y a peu à Port la Nouvelle dans une maison spécialisée où il ne pouvait plus faire usage de ses jambes il montait avant-hier les marches de notre escalier sans aide mais avec un sourire de délivrance qui en dit long!


frère Gilles Danroc o.p.

Montpellier

Traduction Google