Des manifestations artistiques sont ressenties par des chrétiens comme des blaphèmes. Chacun donne son avis et l'on classe les chrétiens selon leur pertinence supposée, leur ouverture, leur fermeture, etc. Le blasphème est déclaré quand il touche directement Dieu et les réalités de la foi. On a raison de le déclarer. Pourtant, les blasphémateurs sont toujours heureux d'être ainsi repérés. Quelle reconnaissance ! Quelle publicité ! En les dénonçant, on ajoute à leur plaisir pervers de vivre par les sentiments scandalisés d'autrui. Peu importe les rieurs, il faut dénoncer mais dans la pauvreté, dans la douceur, dans la tristesse. C'est ainsi que le mot "blasphème" ne sonnera plus comme une indignation bigote ou une violence intégriste. Fermeté et douceur : le blasphème fait le mal. Traitons le comme tel. Tout le reste est justification.
Mais le blasphème concerne aussi un autre abîme : chaque fois qu'on porte atteinte à l'image de Dieu qui est en l'homme. La création artistique défigure souvent cette image et parfois d'une manière vicieuse. On m'a raconté des scènes de théâtre, sans aucune référence religieuse, qui dégradent l'homme en jouant sur divers aspects d'animalité. Cette animalité, si miséreuse soit-elle dans sa matérialité artistique, n'est en fait qu'une abstraction, un phantasme à prètention esthétique, un idéal qui ricane dans le déchet. Oui, une misère bien triste. Contre Dieu ou contre l'homme, l'artiste et le spectateur sont complices (où donc le spectacteur trouve-t-il la force et le goût pour un tel voyeurisme?). Ce blasphème profane, que plus personne ne dénonce, se concentre de temps en temps comme blasphème religieux. Mais les deux sont profanateurs de tombes. Il y a des correspondances dans le mal qui ne sont pas toutes des fleurs.
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