
Près de trois cents ! Ainsi étaient-ils pour fêter la translation des reliques de notre bienheureux Père saint Dominique, avancée pour diverses et justes raisons au mardi 12 mai de l'an de grâce 2009.
La Providence veillant, le temps étant moins humide que l'an passé, chacun pouvait surtout découvrir ce qui était jusqu'à peu de temps tout à la fois notre jardin, notre cloître, une aire d'entrepôt de quintaux et mètres cubes de matériaux divers et de baraques de chantiers, et une caisse de résonance pour chantier du bâtiment, tous éléments du quotidien, qui nous faisaient participer « en live » aux travaux de restauration et d'édification depuis des années. Maintenant, sur un lit de gravier et sous quelques arbres, alors que nos rosiers s'essayaient à refleurir, et que des oliviers ont commencé à s'enraciner, nos « trois cents » allaient pouvoir apprécier l'évolution fort positive de nos travaux que l'on saura entre nous qualifier d'historiques.
À la veille de cette célébration, l'abbé Olivier Spinoza, du diocèse de Marseille, avait reçu l'habit de l'Ordre en fin d'année de noviciat de la fraternité sacerdotale saint Bertrand de Garrigues : c'est au cours de la messe de notre Bienheureux Père qu'il fit profession simple. Chacun pouvait se réjouir de cette étape, alors que notre « nouveau » frère fréquentait le couvent depuis plus de dix années, déjà durant ses années de séminariste !
La célébration naturellement solennelle, présidée pour la première fois par notre actuel prieur, le fr. Denis Bissuel, avait accueilli dès l'office de vêpres plusieurs représentants d'autres familles religieuses, notamment les franciscains désormais proches, et de prêtres du diocèse. Voisine aussi, la communauté de la Sainte-Baume était représentée par notre frère Pierre-Alain. Les fidèles avaient doublé leur effectif dominical s'agrégeant bien des personnes avec lesquelles travaillent les frères, sur Marseille. Nul n'était étonné de reconnaître l'uniforme des Lycéens de Lacordaire, lycéens vite rejoints au moment crucial du dîner par les étudiants de la Maison Saint-Lazare, voire par des anciens de cette maison : on dit que l'usage des SMS facilite les regroupements et les invitations... Nous pouvons le confirmer !
Puisque que l'année s'y prêtait, le fr. Jean-Luc Vesco avait donné l'après-midi une conférence sur saint Paul, et c'est lui qui nous convia par l'homélie à considérer le saint Dominique recueilli et contemplatif auquel les siècles ont souvent été moins sensibles qu'à l'apôtre intrépide ou au fondateur lucide. Saint Dominique, une vie intérieure ! Si nous connaissons de mieux en mieux, Dominique, celui d'avant les Dominicains, il nous était alors proposé de mieux connaître Dominique au temps de Dominique, dire « l'essentiel de ce que fut la contemplation de Dominique » ! Comme notre ancien provincial a aussi pu le constater au cours de la semaine où il donna au noviciat la traditionnelle session sur les Psaumes, et pouvant se reporter à quelques années passées, noter combien ce couvent a peu à peu architecturalement changé. A Marseille, les Dominicains d'après saint Dominique ont une histoire très ancienne (dès 1234), et aussi quelques aspects contemporains fameux... Le fr. Jean-Luc comme bien d'autres pouvait désormais prendre la mesure de cela, tant en remontant la rue Edmond Rostand ou depuis la rue Saint-Suffren, ou encore, en regardant plus simplement depuis le jardin.
L'unité du bâtiment est frappante, avec sa propreté extérieure, ses parties nouvelles destinées au pôle culturel, l'élévation de tout ce qui est maintenant un carré, sur un niveau désormais égal ; tout contribue à cet aspect saisissant. Déjà, l'ancien bâtiment permet d'accéder à celui qui fut créé de toutes pièces, et qui recevra sans tarder un ascenseur pour relier le sous-sol au second étage !
Il reste à vraiment habiter et entretenir cette oeuvre, ainsi qu'elle va désormais s'imposer au quotidien de la communauté. Mais pour l'ouverture au public de la salle de conférence et de la bibliothèque, qui ne sont pas encore aménagées, nous aurons en outre la sagesse d'attendre le passage de la commission de sécurité. La rentrée 2010 pourrait donc présenter une date-clef, mais vous en conviendrez, encore lointaine. On a tout le temps pour en reparler ; prendrez-vous rendez-vous ? En tout cas, la rumeur rapporte que dès juillet des rayonnages de la nouvelle bibliothèque vont recevoir quelques milliers de volumes ! À Marseille, l'été, il se passe toujours quelque chose ; alors qu'ailleurs, on essaie de capter du soleil pour en profiter !
La Sainte-Prédication de Marseille n'est pas atteinte de la maladie de la pierre. Elle a simplement dû se transformer afin de pouvoir répondre aux questions de son temps, et aux exigences des lois et règlements concernant les bâtiments destinés à recevoir du public. Mais cet effort immense, encore à maintenir, soutenu par des bienfaiteurs très nombreux et fidèles, que je vous invite à remercier avec nous en priant pour eux, nous aura aussi permis de développer quelques contacts, et cela ne peut que porter du fruit.
Par ailleurs, pour nous mieux connaître et nous encourager, notre archevêque, Mgr Georges Pontier en février dernier a pu nous rencontrer en chapitre, nous dire ses attentes, nous remercier pour les domaines investis, spécialement les lycées, les « quartiers nord », et s'enquérir notamment de la réalité des Équipes du Rosaire sur son diocèse (car il les a connues dans les diocèses d'Albi, de Dignes et de La Rochelle-Saintes), de louer l'engagement concernant les chrétiens Orientaux, tant dans l'enseignement que dans les célébrations de ces communautés ; mais il a aussi souhaité nous voir nous investir dans que l'on nommait autrefois l'apologie. À bon entendeur...
Enfin, si les activités présentes et futures nous appellent, il demeure que ce qui compte pour beaucoup dans la Prédication c'est le prêcheur. Avant de conclure ce qui sera fatalement et comme de coutume une chronique incomplète, nous noterons donc certains aspects d'une vie fraternelle unie par la grâce et diversifiée par la nature... Donc une Sainte-Prédication de Dominicains après Dominique.
Le Triduum et le Temps Pascal furent à la fois célébrés avec ferveur et instruments, mais aussi par une décoration florale qui ne cessait d'étonner dans son abondance et son ingéniosité : « stupendo » ! s'écrierait un italien, et il aurait mille fois raison. Nous sommes à Marseille, peuchère, mais on trouve ça beau aussi.
C’était d'autant plus beau que tout commença lors des Rameaux par la profession simple du fr. Miguel-Marie Masella. Deux moments majeurs en un, deux moments qui communiaient dans une profonde vérité. Notre provincial, le fr. Gilbert Narcisse, fit résonner cette harmonie chrétienne. Mais notre frère ayant veillé à en informer bien des frères, des soeurs, des amis, et le tout sur divers continents, me voilà autorisé à ne pas insister davantage sur cet événement.
Il y eut aussi la sortie conventuelle, ce 06 mai. « Ensemble, ailleurs » pourrait en être une formulation. Mais si le choix de la date ne pose guère de problèmes, le choix du lieu, du type de détente, etc. est toujours un bon motif pour débats très fraternels. La joute s'arrêta donc cette année sur le Port et ses infrastructures. Aussi étonnant que cela soit, jusqu'à présent nous avions porté notre attention ailleurs que sur ce qui motiva même la naissance ancestrale de Marseille ! La négligence fut donc réparée. Marseille-Fos, ses soixante-dix kilomètres de front, ses dix mille hectares de terrains, sa diversité qui rejoint celle des opinions des frères... Bref, partis en mini-bus de la Joliette vers Lestaque, nous aurons vu les sites pour les croisières, les voyages, les sites de la Marine marchande, etc. Un ami de notre communauté nous permit ainsi de mieux connaître ce quatrième port européen !
Enfin, dernière remarque familiale. Nos soeurs de Saint-Maximin nous virent à leur côté, le 24 mai, présence nombreuse (bien sûr) et curieuse (… mais tout en osant ce regard, on s'en défend... évidemment !). Chacun le sait, elles unissaient la célébration de la translation des reliques de notre bienheureux Père avec la consécration de l'église du Monastère Sainte-Marie Madeleine de Saint-Maximin, sous la présidence de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, en présence du fr. Philippe Toxé, assistant des moniales de la Fédération Notre-Dame. Après un déménagement très attendu, un aménagement plus inattendu, finalement réalisé pour l'Annonciation, venait une liturgie tout de même peu fréquente, procession, eau, feu, encens, sceaux officiels et proclamations, durée, foule, tout cela vaudrait bien des lignes : mais chacun, au gré des semaines de l'été, pourra porter un regard fraternel et quelques pas attentionnés vers ce lieu nouveau. Là aussi plus de 300 personnes entouraient nos soeurs ; et nous en étions heureux ! Bon été !
fr Hugues-François Rovarino op
Marseille
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